Étiquettes

, , , , , , ,

« Ombre et Rive sont deux reflets d’une même réalité, et Enora est la seule à avoir le pouvoir de passer de l’un à l’autre. Lorsque sa famille est brutalement décimée par des assassins, elle se réfugie au seul endroit où ses poursuivants ne peuvent l’atteindre : au royaume d’Ombre, sur la terre de ses ancêtres. Là, sa route croisera celle de Ravenn, princesse rebelle de retour d’exil et bien décidée à s’emparer du trône qui lui revient de droit. Coïncidence, ou rencontre orchestrée de longue date ? »

C’est au hasard de mes pérégrinations sur Twitter que j’ai découvert Manon Fargetton (qui a une page Wikipedia, d’ailleurs) et son ouvrage, l’Héritage des Rois Passeurs, paru en 2015. Je vous avouerai que j’ai tout de suite été intrigué à plus d’un titre. Déjà, le genre de la fantasy m’attire par défaut, mais quand il est traité par une femme, française de surcroît, tous mes voyants de curiosité passent au vert et je me devais de lire cette œuvre.

L-Heritage-des-Rois-Passeurs

La quatrième de couverture indique qu’il s’agit du premier essai de l’auteur dans le genre et le tour de force n’en est que plus important, d’autant plus quand on est témoin de la productivité de Manon Fargetton qui propose fréquemment de nouveaux livres, en plus de nous offrir des photos idyliques de ses différents voyages sur Twitter. (J’ajouterais – jalousement – qu’elle est plus jeune que moi)

Mais rentrons dans le vif du sujet. Je viens de finir mon exemplaire et il faut impérativement que je vous en parle, à chaud.

L’Héritage des Rois Passeurs se présente à la fois comme un hommage et une transgression à son genre littéraire. Hommage, parce qu’il est question de magies (souvent), de dragons (un peu) ou encore d’échauffourées sanglantes. Transgression n’est peut-être pas le terme le plus adéquat, mais à la lecture du résumé que je vous rapportais en début de billet, j’étais très loin d’imaginer quel genre de monde était Rive. La surprise de le découvrir a d’ailleurs momentanément brisé l’immersion dans laquelle m’avait projeté l’introduction du roman, comme si l’auteur avait brisé le 4ème mur.

Qu’on se rassure, cela ne m’a guère empêché de littéralement dévorer le livre en 3 jours, c’est la marque des plus grands livres, finalement. Bien qu’il m’ait tenu en haleine, il n’est pas exempt de défauts, j’aurais par exemple tendance à pointer du doigt des scènes olé-olé dont la description plutôt détaillée m’a un peu désarçonné tant je suis peu habitué à en lire dans ce genre d’histoires. Mais c’est précisément la force de Manon Fargetton qui ne s’est fixée aucune limite lors de l’écriture. Un affrontement entre mages qui débute de façon absolument inattendue et originale en serait la preuve, mais je me garderai bien de vous dévoiler de quoi il retourne.

On sent chez l’auteur une intelligence rarissime, de celles qui changeraient un tas de poussière en or, comme si elle pouvait sortir ses personnages du plus mortel des guêpiers par une pirouette aussi imprévisible qu’incontestable. Cela se ressent de façon plus générale au cours de l’aventure, où quelques questions que je me posais ont trouvé leurs réponses, pas forcément immédiatement, mais j’ai fermé le livre en ayant eu l’impression d’avoir lu une histoire maîtrisée de bout en bout et où rien, rigoureusement rien, n’était laissé au hasard.

Une prouesse extrêmement impressionnante à mes yeux, d’autant plus qu’il me semble que c’est la première fois que je me fais cette réflexion au sujet d’un livre. Rien n’est laissé au hasard – je le répète – et, mieux encore, tout est détaillé, précisé, enrichi par différents extraits d’ouvrages fictifs tirés de la mythologie qu’a créée l’auteur. Ces extraits ponctuent intelligemment le récit, donnant une dimension supplémentaire à l’univers, donnant quelques clefs pour mieux comprendre les enjeux.

Car des enjeux, il y en a un certain nombre qui vont heurter de plein fouet Enora, Ravenn, Julian, Charly et toute une galerie de personnages plutôt bien dessinés. Comme souvent dans ce genre d’histoire, je n’ai pas énormément d’affinités avec le personnage principal, Enora (un poil plus proéminente que les autres, mais de peu, finalement), lui préférant Ravenn ou des seconds rôles peut-être moins bien définis mais dont les traits me parlent plus (Charly, Jana, Lïam voire une personnalité assez éphémère qui apparaît tardivement, nimbée de mystères prometteurs).

Mais quoiqu’il en soit, je me suis pris d’affection pour cette brochette de personnages dont j’ai lu avec passion les aventures dans un univers dont les richesses potentielles ne demandent qu’à être dévoilées.

Et ça tombe bien, vu que l’auteur nous a gratifié l’année dernière (quelle productivité) d’un autre livre se déroulant sur les mêmes terres, Les Illusions de Sav-Loar, qui sera d’ailleurs réédité en version poche le 20 octobre prochain. Il ne s’agit, d’après la quatrième de couverture, pas d’une suite, mais plutôt d’un spin-off, potentiellement antérieur à l’Héritage des Rois Passeurs, mais rien que pour le plaisir de retourner sur les terres d’Ombre et recroiser quelques visages connus, je me lancerai dedans sans réfléchir.

Plus qu’à espérer voir de nouveaux volumes à l’avenir. Surtout quand on voit avec quelle clarté et quelle maîtrise Manon Fargetton sait nous captiver.

L’Héritage des Rois Passeurs – Manon Fargetton, éditions Milady, 473 pages, dans toutes les bonnes crèmeries. Prix Imaginales 2016 du meilleur roman francophone, by the way.