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Il fut un temps, lointain et révolu, où je lisais de manière fréquente. Sans atteindre le rythme de certaines personnes, je pouvais tout de même m’enorgueillir d’apprécier les livres et d’en descendre un certain nombre par an.

Toutefois, ces dernières années m’ont éloigné de ce loisir que j’affectionnais, jusqu’à l’arrivée des Terres d’Alme de Pierre Zandvliet.

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Il m’a fallu du temps avant de rentrer pleinement dedans, pour tout vous dire ; près d’une année pour lire environ 150 pages (sur 621), mais une semaine pour lire tout le reste. Les Ombres de Chevalienne, premier tome de cette saga, est donc le premier livre que je boucle depuis 2015. Fiou.

Alors profitons-en pour en parler un petit peu !

Je vous propose en premier lieu de lire la quatrième de couverture, afin de situer l’œuvre :

« C’est un grand jour pour la chevalière Swéna, la jeune fille se voit confier sa première mission en tant qu’émissaire du roi de Chevalienne. Accompagnée d’une escorte de dix chevaliers de l’Ordre, menée par le légendaire Séïssuk, elle part pour un voyage de trois jours en direction du territoire des Lornes, créatures ailées, gigantesques et douées de magie.

Mais une attaque contraint Séïssuk à diviser l’escorte. Et pour cause, un espion sévirait à Chevalienne et le chevalier ne peut se résoudre à ne pas avertir son roi.

Arrivée dans les grottes des Lornes, Swéna apprend qu’une de ces puissantes créatures vient d’être attaquée par l’Empire, ennemi éternel de l’Alliance. Sans avoir le temps de prévenir Séïssuk, la jeune chevalière part pour une quête bien plus dangereuse : libérer deux Lornes prisonniers de l’Empire.

 Peu de temps après, Séïssuk est assailli par une vision terrifiante : il est attaqué à son retour à Chevalienne. Attaqué, par un homme… sans visage. »

Les Terres d’Alme appartient donc au genre de la fantasy. Plus précisément, j’aurais tendance à le classer dans l’heroic fantasy (dont le représentant le plus célèbre est l’indétrônable J.R.R. Tolkien, je suppose que vous en avez vaguement entendu parler), même s’il emprunte quelques touches à la dark fantasy (genre plus pessimiste et violent, David Gemmel en est un des plus grands noms, par exemple).

Bref, Zandvliet a effectué un travail de titan pour créer un univers immense et cohérent, avec ses mythes, sa faune, sa flore, sa technologie, sa géographie (ultime coquetterie : une carte en début d’ouvrage, c’est un « détail » que j’apprécie particulièrement) et en a tiré une histoire.

Cette histoire, comme le précise le résumé ci-dessus, met en scène deux protagonistes majeurs : Swéna et Séïssuk. Si je me sens un peu plus proche du second, Zandvliet a su faire évoluer ses personnages tout au long de l’aventure, par le biais de péripéties influant sur leurs visions du monde. Et, mine de rien, c’est assez finement joué.

Autour de ce duo, gravitent de nombreuses figures aux traits moraux parfois familiers, et bienvenus, comme le bourrin rigolard, le souverain juste et sage, ou d’autres dont on se serait bien passés (une certaine reine dont je tairais le nom). Dans tous les cas, ces personnages ne laissent pas indifférents, on les apprécie, on les déteste, on se demande ce qui leur passe par la tête, on ne les comprend pas toujours, mais ils vivent.

Swéna en tête. Personnage un tantinet plus principal que Séïssuk, elle est écrite en accord avec certains canons du genre (jeune héroïne qui ne rechignerait pas à un peu d’aventure initiatique), tout en lui donnant des traits propres. En début d’ouvrage, elle est déjà une guerrière rompue à l’art du combat, et même si sa connaissance du monde extérieure n’est pas forcément optimale, elle est plus étendue que celle de ses compagnons. Son écriture n’est parfois pas toujours à mon goût, je trouve en particulier que pour un soldat de métier (à peu près), elle ne fait pas grand cas du respect des règles hiérarchiques.

Mais l’auteur est permissif et apprécie son effrontée d’héroïne, du coup, elle garde sa tête sur les épaules, là où d’autres personnalités du genre lui aurait réagencé le haut du corps à coups de masse.

Petit aparté sur la question, ce reproche n’est que léger : Swéna a l’énorme avantage d’être née après Fitz et Althéa, deux sommités en matière de personnages têtes à claques insupportables. Comble de malheur, il s’agit des personnages principaux de deux séries de Robin Hobb (pardon aux amateurs, personnellement, je n’ai pas tenu le coup au-delà du premier cycle de l’Assassin Royal et du premier tome des Aventuriers de la Mer).

Bref, on s’y attache quand même à cette petite Swéna qui est amenée à vivre de folles aventures dans les terres d’Alme, en compagnie de races variées aux cultures diverses.

L’écriture est globalement dynamique, j’ai mis du temps à rentrer dans le livre, parce que l’intrigue était peut-être un peu lente à se mettre en place ; mais une fois que celle-ci décolle, je n’ai plus décroché. Finalement, si je devais faire une reproche à Zandvliet, c’est peut-être l’usage parfois un peu forcé de répétitions, notamment dans les relations qui lient les personnages entre eux (Toulk « grand frère », Swéna « petite sœur », on va le savoir, ça n’est pas toujours très habile).

Fort heureusement, ça ne reste que mineur, car il faut bien admettre que l’homme sait tenir une plume. Les scènes d’action comme les scènes plus calmes, les descriptions, tout est lisible, clair, finalement assez direct, et c’est très bien comme ça.

Une belle maîtrise qui a nécessité une masse de travail impressionnante. Car, quand il s’agit d’écrire sur un blog, je suppose qu’on n’y arrive tous. En revanche, échafauder un univers entier, sans tomber dans le plagiat flagrant, avec son passé, ses règles, ses personnages et son histoire, c’est une toute autre paire de manche. D’autant plus que quatre tomes sont prévus au total. L’auteur a réussi son pari, les Ombres de Chevalienne est un premier livre palpitant, imparfait certes (mais quel livre ne l’est pas ?), mais témoin d’un amour inconditionnel pour le genre par son créateur et acteur incontournable du genre pour moi désormais.

J’en profite donc pour saluer la profession d’écrivain en général, mais Pierre Zandvliet en particulier pour son travail colossal sur les Terres d’Alme. Il m’a tout simplement donné envie de me remettre à la lecture. Je vais d’ailleurs continuer sur ma lancée Fantasy francophone avec L’Héritage des Rois Passeurs, de Manon Fargetton.

Si ça vous intéresse, je ne saurais trop vous conseiller d’aller voir son site. On y parle évidemment du livre, mais aussi de son univers, de l’auteur, et un petit encart permet d’avoir des news fréquentes. On sait désormais que Zandvliet va privilégier l’auto-édition pour son deuxième volume et qu’il lancera une campagne de crowdfunding courant septembre pour l’y aider. Je pense lui apporter mon soutien sans me poser de question.