Étiquettes

, , , , ,

Je ne suis pas réellement connaisseur des Royaumes Oubliés, ça n’évoque pour moi que des jeux PC auxquels je n’ai pas pu toucher et où les lignes de dialogues paraissent innombrables, mais aussi, plus généralement, un univers fantasy à la Tolkien avec moins de manichéisme.

Ma seule réelle incursion dans ces Royaumes, je la dois à R. A. Salvatore, avec le premier livre de la Légende de Drizzt : Terre Natale. En réalité, ce premier tome n’est pas celui qui est paru à l’origine, il s’agit d’une histoire racontant les débuts de vie de Drizzt Do’Urden, réédité dans une collection s’attachant à la cohérence chronologique.

Rapide récapitulatif de ce qu’on apprend dans Terre Natale, avant d’attaquer la critique de Terre d’Exil. Cela contient évidemment des spoilers sur le premier tome, si vous ne l’avez pas lu.

Drizzt Do’Urden fait partie de cette catégorie de héros qui n’a pas franchement de bol. A la façon de Harry Potter au début de l’Ecole des Sorciers, Drizzt évolue dans un univers où il n’a pas sa place. Grandissant dans la société matriarcale des elfes noirs (ou drows) de Menzoberranzan (à vos souhaits), il a tôt fait de comprendre que sa famille tout comme ses congénères n’est qu’un ramassis d’être maléfiques, violents et sanguinaires, cachés sous une apparente noblesse raffinée.

81a67eV5WYL

Il faut dire que la société est basée sur les castes sociales, les femmes dirigent d’une main de fer la cité, les mâles sont considérés comme des êtres inférieurs, s’ajoutent des notions de noblesses mais surtout de compétitions entre les familles les plus influentes de la ville.

Des compétitions violentes qui mènent le plus souvent à l’annihilation complète de toute une famille (c’est-à-dire le nom de la famille, les membres qui la composent, mais aussi leurs vassaux éventuels). Tout cela dans le but d’appartenir au cercle très fermé des familles régissant Menzoberranzan, mais également, et surtout, pour avoir les faveurs de la déesse Lolth, une déesse araignée.

Franchement, c’est pas folichon comme ambiance, surtout si on ajoute que cette chère citée est nichée sous terre, dans un labyrinthe de grottes abritant également des monstres pas toujours super cordiaux.

Dénotant parmi toute cette noirceur, Drizzt est un elfe loyal, courageux, sensible, qui se heurte rapidement à la dureté des membres de sa race. Il tient cela de son père et mentor, Zaknafein, qui décèle sa bonté d’âme et, craignant pour la vie de son fils, n’hésite pas à l’entraîner en sa qualité de maître d’arme. Il rencontre un destin funeste, sacrifié par la mère de Drizzt pour regagner les faveurs de la déesse Lolth, déçue par les différentes « trahisons » de Drizzt.

En l’espèce, Drizzt a eu à plusieurs reprises une générosité d’âme menant à la survie de personnes qui auraient dû être abattues, une enfant, puis plus tard un gnome.

Bref, Drizzt, désormais guerrier hors pair pourvu de deux sabres, s’est mis à dos la déesse, sa famille, une large partie de la ville, et nous le quittions au moment où il disparaissait de Menzoberranzan en compagnie de Guenhwyvar, une panthère noire d’essence magique qu’il ne peut invoquer qu’une fois la bête suffisamment reposée dans une dimension parallèle.

Pourquoi c’était bien?

De la magie, de l’action, de l’aventure, un héros charismatique, de la tension… Autant d’ingrédients qui fonctionnent.

Sans spoiler, cette fois-ci, place à Terre d’Exil :

Notre drow s’est éloigné suffisamment de Menzoberranzan, mais au prix d’une solitude que seule la présence temporaire de Guenhwyvar (je dois regarder à chaque fois comment ça s’écrit, au secours) parvient à effacer sporadiquement.

la-legende-de-drizzt-tome-2-terre-d-exil-tea-9782820500199_0

Oui, parce qu’on devait parler de lui, à la base.

Il s’est trouvé un abri de fortune dans une des nombreuses cavernes de l’Outreterre, cette gigantesque région d’enchevêtrements de grottes.

Les jours ont passé, il a lui-même arrêté de les compter, mais il y a bien dix ans désormais qu’il a quitté sa famille, qui semble s’être désintéressée de lui et de ses agissements.

Un évènement à Menzoberranzan force toutefois la famille Do’Urden à repartir à la poursuite du dernier rejeton ermite, l’opportunité de regagner le soutien de la déesse araignée est à ce prix.

On va arrêter là le résumé.

C’est avec un grand plaisir que je suis revenu aux côtés de Drizzt. A cause de différents livres que j’avais jugés prioritaires à l’époque, sept ans séparent ma lecture du premier et du deuxième tome. Mes souvenirs sont revenus pour la majorité, mais je ne vous cacherais pas qu’il m’a fallu un petit passage sur Wikipedia pour me rappeler de détails oubliés.

Pour autant, je me suis vite senti en terrain familier, la personnalité de Drizzt m’avait été sympathique à l’époque, elle l’est encore plus désormais. Délesté de la nécessité d’être précautionneux avec ses sentiments, contrairement au premier tome, il n’en apparaît que plus touchant. Drizzt appartient à une race maléfique, il le sait, et tout le monde le sait. Ses interactions avec le monde extérieur se font du coup à tâtons, mais toujours avec le fol espoir que ça fonctionne.

Le regain soudain d’intérêt de sa mère va le pousser à sortir de son isolement et mènera toujours plus loin dans l’exploration – dangereuse – de l’Outreterre. Si l’aventure est majoritairement bien rythmée, elle souffre, je trouve, d’une longueur ennuyeuse à une centaine de pages de la fin. Un ralentissement dont on se serait volontiers passé, mais qui permet, à son terme, de relancer la machine.

Drizzt va en voir des vertes et des pas mûres, Salvatore malmenant son elfe, autant que son elfe sait malmener ses adversaires, sa solitude ayant affûté ses compétences. Il faut dire que l’Outreterre regorge d’ennemis sauvages, comme si la famille Do’Urden n’avait pas suffi. Fort heureusement, Drizzt est débrouillard et peut compter sur sa panthère dont je m’épargnerai de taper le nom, parce qu’il est resté sur la page précédente de mon fichier Word, vous comprenez.

L’auteur est très à l’aise avec son univers et ses personnages, transformant ce qui pourrait être -disons-le crûment –  chiant, à savoir une grotte gigantesque, en véritable joyau parsemé de chemins, de minerais, d’oasis, de champignons, de monstres. Un vrai plaisir d’y retourner.

Son talent ne se restreint pas qu’à ça, il sait offrir tension, suspense et légèreté au lecteur, mais il pêche, par moment, sur certaines scènes d’action que j’avais du mal à visualiser, voire que j’ai compris de travers. J’ai quand même cru un personnage mort transpercé d’une dague dans la gorge alors qu’il l’avait en fait bloquée. C’était pas clair. J’avais préparé ma tenue de deuil et tout, quoi…

Toutefois, les menus défauts (lisibilités, longueurs, la Matriarche Do’Urden insupportable) n’altèrent que mollement le plaisir de la lecture. Et pour ma part, j’en redemande, surtout après les dernières pages, tremplin royal vers de nouvelles aventures.

Bon, ça fait trois critiques de livres positives, j’en défonce un la prochaine fois pour rétablir un début d’équilibre, hein.

La Légende de Drizzt – Livre II : Terre Natale, par R. A. Salvatore. Edition Milady, 398 pages (et le compte rond, enfin ?!).