A partir des années 2000, les films de super-héros se sont enchaînés avec une frénésie qui confine aujourd’hui à la nausée. A la façon du monde des comics, on distingue principalement deux écuries, Marvel et DC.

Si les premiers ont su (globalement) toujours tirer leur épingle du jeu, il en va autrement pour DC qui, bien qu’auréolé de gloire par The Dark Knight, n’a pas réussi à transformer l’essai de façon concluante.

Ainsi, depuis 2012 et le troisième épisode nolanien des aventures de Batman, DC semblait se perdre dans une noirceur et un premier degré assumés, se laissant submerger par la coolitude revendiquée par Tony Stark ou Star-Lord en face.

La sonnette d’alarme a été en particulier déclenchée lors de la sortie de Batman V Superman, très ébranlé par les critiques de tout bord, bien que pourvu de qualités certaines comme son Batman et surtout sa Wonder Woman dont il est question aujourd’hui.

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Hier est sorti officiellement le premier film dédié à Wonder Woman, avis sans spoiler ci-dessous.

L’intrigue principale prend place durant la Première guerre mondiale, cadre déjà en soit original dans une super-production hollywoodienne, ça faisait un moment qu’on n’y avait pas eu droit.

Diana (Gal Gadot) est une princesse amazone, reclue avec son peuple sur une île dissimulée aux yeux de tous, tout allait pour le mieux quand soudain un soldat britannique s’échoue aux abords de l’île. Décidant que ça ferait un peu tâche dans le décor paradisiaque, Diana s’élance donc et sauve le pauvre Steve Trevor (Capitaine James « Chris Pine » Kirk) d’une mort certaine et peu agréable.

Long story short, par cet acte altruiste, Diana se retrouve confrontée à la dureté brutale d’un monde dont elle ignorait tout. Et c’est parti pour l’aventure.

La première partie du film se déroule dans une ambiance grecque ensoleillée et bon enfant (on est dans la société amazone où on s’entraîne à armes réelles sans faire semblant, avec de vrais coups à la jugulaire pas piqués des hannetons), avec une esthétique générale que n’aurait probablement pas renié un certain Zack Snyder à l’époque de 300 (vous savez, quand vous l’aimiez encore).

Le parallèle ne s’arrête pas là, les Amazones sont des équivalents aux Spartiates (qui ont d’ailleurs droit à un léger clin d’œil), une petite bataille sur la plage pour mettre le spectateur en condition laisse présager le meilleur en matière de CLASSE. Ralentis, souplesse, poutrage de tronches, tirs de 15 flèches en même temps, on ne se refuse rien, ça claque. Et ça se confirme dans les quelques scènes qui proposent des combats au corps-à-corps tout au long du film. Ces séquences sont l’occasion pour Wonder Woman d’utiliser l’ampleur de ses capacités, renvoyant parfois à cette fameuse et jouissive scène dans l’entrepôt de BvS où Batman dézingue une douzaine de malfrats, ces deux-là mis ensemble dans Justice League feront du grabuge.

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L’esthétisme général m’a beaucoup plu, d’ailleurs. Si on peut désormais reprocher à chaque production des décors flagrant en CGI, de la radieuse île de Themyscira au sombre camp allemand en passant par la grise Londres, il s’avère que ceux-ci ont réellement des identités et des ambiances propres, bien loin des impersonnelles Gotham et Metropolis.

Toujours sur le sujet, j’ai été assez bluffé par la caméra de Patty Jenkins (réalisatrice de Monster, pour l’anecdote, elle aurait initialement dû s’occuper de Thor 2) qui offre des perspectives intéressantes dans plusieurs scènes, notamment par le biais de gros plans sur ses personnages, sur des matières et surtout sur des regards.

Ce point en particulier m’a énormément frappé, beaucoup de choses sont dites par les yeux des personnages et les acteurs n’en deviennent que plus crédibles, qu’il s’agisse de Chris Pine, de Gal Gadot ou d’Elena Anaya, dont le visage à moitié défiguré renforce le regard.

Puisqu’on en est là, un mot sur les acteurs, pour moi, Gal Gadot était la bonne surprise de BvS, tout autant, si ce n’est plus, que Ben Affleck en Batman. Son interprétation seule m’a donné envie de lire les comics sur Wonder Woman et je pense pouvoir dire que ça n’est pas rien tant le personnage ne m’a jamais attiré (la faute, en grande partie, à une sous-exposition comparée à Batman ou Superman, en France tout du moins). Ici, son personnage est attachant et à nouveau parfaitement incarné, subtile, élégante, intelligente, lettrée, brutale, entière, Gadot campe une Wonder Woman réellement bien écrite, très certainement mieux que Superman et Batman (« Marthaaaaaa »), voire que l’ensemble des personnages de films du genre et c’est un réel plaisir de la suivre.

A ses côtés, Chris Pine, dont je n’attendais rigoureusement rien mais qui a su me toucher par sa sensibilité inattendue et les touches d’humour qu’il a pu distiller au long du film. Mais aussi notre Saïd Taghmaoui national, petite fierté au sein de ce casting, qui a droit à un personnage vraiment chouette. Ces trois sont accompagnés d’Ewen Bremner et Eugene Brave Rock, dont je ne dirai poliment pas grand-chose parce qu’il n’y a pas grand-chose à en dire (caricatures, bonjour. Oups.).

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Dans le camp des Amazones, Connie Nielsen en Hippolyte (maman de Diana) et Robin Wright en Antiope (tata de Diana) font super bien le job et pètent la classe (ok, ça fait combien de fois que je dis ce mot ?), j’adore, je les ai pas assez vues.

Et puis, chez les pas gentils, on a ce gradé allemand méchant et fier d’être méchant sans saveur (Danny Huston, déjà vilain soldat antipathique dans le meilleur X-Men – L.O.L.), assisté par le Dr Poison dont j’ignorais jusqu’à l’existence (Elena Anaya, citée plus haut) qui brille un peu plus que son partenaire de jeu. Le problème pour ces deux acteurs aura probablement été de devoir camper des méchants sans réelles autres motivations que celle d’être méchants, difficile d’avoir une composition extraordinaire avec si peu de substance.

C’est la faiblesse principale du film à mes yeux, ajouté à cette tendance très répandue désormais dans le blockbuster américain de faire passer un message niais en plein drame (vive l’amour et les petits oiseaux, déjà vu chez les Gardiens de la Galaxie 2 ou Pirates des Caraïbes 5, pour citer les plus récents) MAIS contrebalancé pour la première fois chez DC par de l’HUMOUR.

Vrai de vrai. Après les épisodes Nolaniens qui en avaient très peu, Man of Steel encore moins et Batman V Superman qui n’en avait pas du tout (et, certes Suicide Squad, mais c’était fait en post-prod à la va-comme-je-te-pousse), Wonder Woman a le cran salvateur d’oser faire rire le spectateur. Et cela avec subtilité (= ça ne fait pas tomber à plat toute tension dramatique), la salle a rigolé à plusieurs reprises et ça fait plaisir. Ça ne retire pas le côté assez premier degré propre à l’écurie DC et évidemment présent, mais ça fait du bien.

En parallèle de cet humour bienvenu, Patty Jenkins s’octroie le luxe de faire ce que Joe Johnston avait totalement zappé dans le premier Captain America (qui traitait de la Seconde guerre mondiale, en l’occurrence), à savoir la dure réalité d’un conflit totale, l’impact sur les civils comme les soldats, avec un réalisme historique d’orfèvre (la guerre des tranchées interminable, les victimes mutilées, l’arrière plus ou moins insouciant qui vaque dans des magasins grands luxes). Ce travail, installant une ambiance et un contexte, permet en outre de donner une épaisseur à Diana qui faisait défaut à Steve Rogers, elle a des motivations dès le départ qui sont affirmées et exacerbées par ce qu’elle voit.

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Gal Gadot, Patty Jenkins, Chris Pine

Le film permet par ailleurs à son personnage principal d’évoluer, pour passer de l’état de guerrière à super-héroïne, avec une justesse rare (inédite ?) dans le genre. Le discours, de façon générale et bien que dirigé vers un public large, se veut largement plus mature que toutes les productions actuelles, avec des tentatives d’expliquer que le manichéisme n’existe absolument pas, d’une part. Et, plus important encore, un discours sur la femme dans la société, c’était inévitable.

Bien évidemment, l’histoire se situant en 1918, il y a des choses qui n’étaient pas encore acquises (il y a notamment une allusion au droit de vote qui ne sera réellement universel que 10 ans plus tard en Grande-Bretagne) et on ne saurait éviter quelques écueils (la caste masculine du haut commandement regarde forcément Diana de traviole), mais l’intelligence de ce film à ce sujet se trouve dans l’écriture du personnage de Chris Pine (et de ses proches alliés) qui voit en Wonder Woman une alliée puissante, supérieure à lui-même, sans se poser la moindre question sur son sexe, sa religion, sa couleur de peau ou ses habitudes alimentaires. Et c’est parfaitement mené, parce que c’est parfaitement normal. Un très grand bravo.

Je ne crois pas avoir écrit d’articles aussi long sur un film depuis un petit moment, alors un petit mot sur la musique avant de conclure. Rupert Gregson-Williams (frère d’Harry, principalement connu désormais pour être le compositeur des Metal Gear Solid depuis le 2) est aux commandes, il s’agit, comme son frangin d’ailleurs, d’un pupille de Hans Zimmer (qui en dissémine un peu partout dans toutes les grosses productions récemment) et l’influence se fait fortement sentir – à un point tel que je n’ai distingué aucune différence d’avec son mentor. Ça reste une musique du genre, à la Zimmer avec pas mal de boum boum rythmé, ça passe relativement bien sans être ultra mémorable. On reconnaîtra le thème introduit dans Batman V Superman.

En bref :

 Wonder Woman était attendu pour tout un tas de raisons : premier film de super-héros dirigé par une femme, premier film de super-héroïne tout court (surtout face à Marvel qui exhibe Black Widow sans rien en faire depuis 2010), besoin de relancer la machine DC après les déconvenues BvS et Suicide Squad, avec le risque que tout cela ne tienne pas et entraîne dans sa chute Justice League.

 Et c’est une réussite sur toute la ligne. S’il n’est pas forcément le meilleur film du genre (mon cœur va aux Batman de Burton et à The Dark Knight pour son méchant formidable) et qu’il souffre de quelques faiblesses inhérentes au genre (difficile de se renouveler, mine de rien), il est dans le top des films DC à n’en pas douter, réussissant le tour de force de me faire désormais attendre Justice League, dont je n’espérais rien, juste pour la présence de Gal Gadot, mais aussi un Wonder Woman 2 d’ores et déjà sur les rails. De plus, je crois pouvoir aisément dire, qu’à titre personnel, le film de Patty Jenkins est tout simplement supérieur aux dernières productions Marvel et je le classerai aisément parmi mes films favoris, ouais je suis comme ça.

 J’y retourne samedi.