Avant d’être la drogue la plus pratiquée au monde, Warcraft était un RTS d’excellente facture, présentant déjà un univers riche et des personnages charismatiques. J’ai personnellement été happé par Warcraft 3, qui a dévoré un bon nombre d’heures de ma vie, avant de voir mon âme déchiquetée par World of Warcraft qui fut clairement ma vie.

 Hier, c’est le cœur vibrant, mais pas dénué d’appréhension que je me suis assis sur un siège rembourré d’une salle de cinéma pour voir la première adaptation avec des acteurs en chair et en pixels d’un des plus grands noms du jeu vidéo.

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 Je tiens à préciser qu’il s’agissait pour moi d’un visionnage « inédit » : c’était la première fois que j’allais au cinéma pour voir un jeu vidéo adapté en film. J’en ai bien vu, comme beaucoup, à la télé. J’ai pleuré devant Mortal Kombat, j’ai eu le mauvais goût de revoir plusieurs fois Super Mario Bros, mais jamais je n’avais vu un de ces portages sur grand écran.

 Verdict sans spoiler.

 Alors j’annonce : c’était le bon film pour commencer.

 On lui reprochera volontiers pas mal de choses. L’histoire, pour commencer, est relativement basique, mince et pas toujours adroitement montée, mais suffisamment efficace pour être suivie sans être lassé. Il est aussi clair que quelques acteurs semblent se demander ce qu’ils foutent là (Ben Foster fait un piètre Medivh et Travis Fimmel a constamment l’air au bord des larmes, c’est fou). Enfin, on sent clairement que le film s’est tourné en quasi intégralité sur fond vert. C’est dommage.

 Et j’ai beau chercher, ça s’arrête là pour les défauts. C’est déjà pas mal. Ce Warcraft n’est pas du tout voué à être un chef-d’œuvre, à remporter des Oscars où que sais-je : il est là pour divertir, d’une part, et installer un univers pour des suites qui s’annoncent plus riches, d’autre part.

 Et le contrat est, à mes yeux, rempli. On passe un bon moment et quand le générique de fin défile sous nos yeux, on en veut plus.

 Au rang des qualités inaliénables de ce film, il y a toutefois une catégorie des Oscars où je lui souhaite la victoire (wink wink les pnj orcs), c’est sur les effets spéciaux. Si les décors ne sont toujours pas phénoménaux, bien qu’ils s’étendent à perte de vue, les Orcs sont en revanche époustouflants. Durotan est plus vrai que nature et le voir interagir avec des acteurs bien réels laisse pantois d’admiration devant la technique (ben, ouais, je ne saurais pas faire ça, moi), un peu à la façon du récent Ninja Turtles (ne riez pas).

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Vous avez pas envie de lui arracher un poil pour voir?

 Cela se ressent d’autant plus dans les affrontements, brutaux, violents (sans verser dans le 300 non plus, qu’on se rassurent), mais diablement efficaces et bien chorégraphiés/lisibles. Les orcs sont imposants, peuvent porter un cheval pour le lancer, ils ont une masse palpable, un réel impact physique sur leur environnement, c’est terriblement bien fait.

 Tiens, puisque j’en suis à parler de Durotan, un mot sur les personnages, assez réussis dans l’ensemble. La principale force du film étant qu’il ne présente pas les deux camps de façon trop manichéenne. Il y a des orcs honorables parmi les envahisseurs… En revanche, il n’y a pas trop de fruits pourris du côté humain, ils auraient pu les évoquer (enfin, ça viendra sûrement avec les suites éventuelles pour le coup). Garona sort du lot, ce n’était pas forcément une évidence à mes yeux, mais c’est un personnage bien construit et intéressant. Lothar est aussi un Aragorn-like tout à fait acceptable (et c’est évidemment, le seul roxxor de l’armée humaine, il n’est pas paladin, mais il a carrément du stuff épique), même s’il n’échappe pas à quelques clichés, pareil pour Kadghar.

 Ce qui amène naturellement à un dernier point qui s’adressera exclusivement aux joueurs : la fidélité envers le jeu.

 J’ai été surpris de voir dans la salle que j’étais parmi les plus âgés. La plupart des spectateurs qui s’étaient rendus au cinéma hier étaient clairement des joueurs de WoW… Et j’en entendais ressortir déçus. Alors, soyons clairs : vous n’allez pas voir une adaptation de World of Warcraft, vous allez voir une histoire contée dans les jeux précédents, qui se tient entre 20 et 30 ans avant les événements du meuporg.

 Toutefois, Duncan Jones et Blizzard ont bien eu à cœur de contenter les joueurs récents comme les plus vieux et on retrouve des lieux très familiers de WoW. Stormwind est clairement reconnaissable, Goldshire également, un petit passage à Ironforge m’a fait frissonner. Le joueur en nous essaie de deviner à l’avance où se situe l’action tant la géographie du jeu semble avoir été respectée pour la plupart des lieux. C’est vraiment appréciable.

 Pour ce qui est de l’histoire en elle-même, je concède quelques lacunes de ma part sur la question, il me semble qu’elle suit dans les grandes lignes la mythologie Warcraft en modifiant quelques points pour la rendre plus cinématographicable (si, si), mais rien de choquant à part peut-être (POUR MOI, je précise) le traitement de la cité de Dalaran, que j’aurais espéré différente.

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« Pour le GONDOR ! »

 Les néophytes de Warcraft passeront probablement à côté de nombreux clins d’œil, n’auront ni chaud, ni froid, en voyant les portes d’Ironforge, ou quelques caméos en arrière-plan, mais je pense que ça ne les empêchera pas de passer un bon moment. Le film semble être construit pour plaire au plus grand nombre, et a très clairement appris des productions Marvel, dans cette façon de ponctuer un blockbuster de petits gags pour alléger les situations.

 Pour ma part, dès les premières notes de musique (certains thèmes sont d’ailleurs adroitement repris du jeu) et l’apparition du logo Blizzard, j’étais déjà dedans.

En conclusion, Warcraft – Le Commencement est un film distrayant qui a le mérite d’essayer et n’est pas du tout le foirage que l’on aurait pu craindre. Il aura fatalement ses détracteurs, je pense notamment aux puristes qui n’y verront qu’une succession de trahison quand j’y vois un hommage, parfois maladroit mais formaté pour le public américain, afin de se faire apprécier d’un vaste public.

 En attendant un Warcraft 2, plus maîtrisé, plus fort, plus grand, plus audacieux. C’est clairement possible… Surtout si on veut avoir (encore plus tard, je vois loin), une adaptation cinématographique de Warcraft 3. J’en ai déjà la chair de poule.