Mots-clés

, ,

Monsieur,

Permettez que je vous adresse directement ce billet qui, j’en suis absolument certain, finira sous vos yeux.

Je viens de voir Big Eyes.

1419961650-big-eyes-poster_1

Non, mais sérieusement? Qu’est-ce qui vous arrive? Depuis la fin des années 2000, ça déconne grave. Sweeney Todd était infect, Alice aux Pays des Merveilles était nul, Dark Shadows était sans intérêt aucun. J’ai sauté Frankenweenie, qui n’a de toute façon pas remporté beaucoup de suffrages apparemment.

Alors ce Big Eyes se laisse vaguement regarder, mais il s’apparente davantage à une commande formatée des productions Weinstein qu’à un film burtonien.

Dans les faits, on ne retrouve rien de ce qui fait votre charme. Mince, Beetlejuice, Batman, Edward aux Mains d’Argent sont des chefs-d’oeuvre! Ils ont une patte, ils ont ambiance, ils sont caractéristiques de votre cinéma. Et c’est ce que vous avez perdu il y a quelques années.

Ok, vous avez essayé de retrouver l’étincelle récemment, mais votre Dark Shadows restait sans saveur, sans audace… Alors vous avez décidé de virer Johnny Depp, peut-être lassé d’entendre que vous ne pouvez pas vous en passer, soit. Remplacé par Christoph Waltz, ça me va, hein, il est excellent!

Mais alors quoi, en enlevant Depp du tableau, vous ne savez plus faire du Burton? Et ne me dites pas que c’est l’idée d’un biopic qui enlève toute créativité au cinéaste. Votre Ed Wood est exemplaire et reste un de vos meilleurs films.

Mais voilà. Si on enlève quelques passages dont on sait pertinemment qu’ils sont de votre cru, il nous reste un film sans surprise, sans vague… Sans maladresse particulière. L’image est bien, les acteurs sont bien…

Ce n’est juste pas un film de Tim Burton. Même Danny Elfman, l’éternel comparse, semble l’avoir compris et n’offre pas une bande son d’un grand intérêt. Mince! Vous étiez deux génies! Et alors quoi, l’inspiration s’est envolée?

Qu’on ne vienne pas me dire que vous n’avez pas eu voix au chapitre, c’était déjà le cas pour le Batman de 89, et vous l’avez réussi haut-la-main.

C’est d’autant plus dommage que vous arrivez, à la moitié du film, avec une idée tout à fait intéressante avec ces yeux démesurés dans le centre commercial. J’aurais adoré voir ça appliqué à l’ensemble du film, la vision du monde selon Margaret aurait clairement pu être votre ouverture dans l’histoire…

Mais non.

Big Eyes est donc un biopic lambda avec un réalisateur de génie sous-exploité. Schumacher prêt à démarrer une course de F1 au volant d’une 2-chevaux.

On se consolera donc avec l’interprétation des acteurs principaux, même si Amy Adams paraît bien fade comparé à son partenaire inspiré. Je souhaite à ce sujet que Waltz fera d’autres apparitions chez vous, en vous espérant plus en forme.

Allez, sans rancune, vous êtes toujours un de mes réalisateurs favoris. Je vais me refaire Batman Returns.

fig. 2 L'évidence. Ou quand une artiste est un modèle évident pour un autre.

fig. 2 L’évidence.
Ou quand une artiste est un modèle évident pour un autre.

Publicités