Samedi, j’ai vu Birdman.

Une longue digestion plus tard, je pense être prêt à en parler. Et encore.

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Michael Keaton fait partie, à mes yeux, de cette catégorie d’acteurs sous-estimés/boudés/méconnus alors qu’ils ont un talent absolument monstrueux. Voir (ou revoir) Beetlejuice suffit pour en être convaincu, ajouter les deux Batman (il campe le meilleur Batman pour moi, et aurait d’ailleurs fait un Joker génial), saupoudrer avec quelques seconds rôles (Jackie Brown, Much Ado About Nothing, Toy Story 3), on tient quand même une perle.

Mais une perle qui n’a visiblement pas la même côte qu’un gusse qui en joue un autre dans un biopic certainement tire-larmes.

C’est proprement dégueulasse et injuste, alors je le clame haut et fort, Michael Keaton méritait ce fichu Oscar. Si ce n’est pour Birdman dans lequel il excelle, alors pour son talent incomparable, ce regard que Burton adorait, son grain de folie, sa gestuelle.

Et il trouve dans Birdman des partenaires de jeu brillants et justes. Naomi Watts, Edward Norton, on est habitués, désormais. Emma Stone est très bien… Mais c’est probablement Zack Galifianakis (dont j’aimerais pouvoir un jour écrire le nom sans passer par Google d’abord) qui tire le mieux son épingle du jeu en incarnant enfin un personnage qui ne soit pas un benêt gaffeur. Son rôle est par ailleurs primordial : meilleur ami du personnage principal, éternel soutien dans les coups durs, il permet d’humaniser ce Riggan Thomson dont nous suivons les pérégrinations tout au long d’un (faux) plan-séquence de deux heures (ou presque, mais je ne spoilerai rien !).

J’avoue volontiers mon manque de culture sur la question, mais c’est la première fois que je vois un film monté de la sorte. Caméra à l’épaule, on ne quitte quasiment jamais l’action, les scènes s’enchaînent de manière intelligente et fluide, c’est très impressionnant.

Seulement, le revers de la médaille, me concernant, c’est qu’on se sent enfermé dans le film. Tel un témoin silencieux de chaque scène, cloîtré dans un des couloirs du théâtre, figurant sur scène, passant dans la rue, on subit chaque ligne de dialogue sans mot dire. C’est le principe même d’un film, naturellement, sauf que la façon de filmer nous rend acteur passif de Birdman et je n’ai pas spécialement aimé cette situation… D’autant que si Keaton est excellent, Riggan Thomson est un être difficile à appréhender. Le plus souvent enfermé dans ses sombres pensées, tourmenté par son alter-ego de jadis (Birdman, donc), il ne sort la tête de l’eau qu’à peu de reprises, réalise qu’il a commis des erreurs mais tel Icare (évoqué à un ou deux moments dans le film), il paraît résolu (ou résigné, au choix) à se brûler les ailes.

Difficile pour moi d’avoir de l’empathie pour un tel personnage, je pense même que la seule façon que j’ai eue de m’accrocher, c’est grâce à Keaton. Quand on ajoute ensuite un Norton en acteur imbu de sa personne, volontiers diva et narcissique, une femme qui nous gifle de but en blanc sans raison apparente, une fille en rébellion constante avec le monde et une critique coincée… Ben… Quelle raison a-t-on de poursuivre un film qui ne donne aucun instant de réconfort ?

Je ne vais pas au cinéma pour qu’on me torture les méninges, moi ! D’autant que le réalisateur envoie au cours de son métrage un message ultra subtil qui tient grosso modo en peu de mots : le théâtre, c’est trop bien (et encore, pas si tu viens d’Hollywood, gringo) et les blockbusters, c’est vraiment trop caca. Je n’invente d’ailleurs rien, il l’a dit lui-même en interview.

Déjà, je n’adhère pas du tout à cette pensée, dans la mesure où j’aime les deux et je trouve qu’un bon blockbuster qui remplit son rôle (à savoir te vider la tête), ça fait un bien fou. Et puis, c’est quoi cette façon d’insulter clairement les amateurs de films de super-héros ? Hmmm… ? Et bien tu sais quoi, Alejandro ? Moi aussi, je t’emmerde. J’assume totalement mes goûts de chiotte et oui, je préfèrerai toujours un Captain America 2 à ta fable moralisatrice à deux sous qui me prend pour un enfant incapable d’avoir une once de jugeotte. C’est dit.

Mais Iñárritu ne s’arrête évidemment pas là et, histoire de clôturer un film au message douteux, se fend d’un ending à l’interprétation laissée au spectateur… Au terme d’une histoire où nous n’avons pas eu notre mot à dire durant deux heures et où une philosophie foireuse nous est enfoncée dans la gorge à coups de batte. Où est l’intérêt de nous pondre une fin pareille ? C’est pour faire cinéma d’auteur ? Pour faire le malin ? Ou est-ce (paradoxe, paradoxe !) pour laisser une porte ouverte à la fantaisie et à l’espoir, ceux-là mêmes que tu te refuses à considérer dans un « Iron Man 5 ou un Superman 15 » pour reprendre tes termes, Iñárritu ? Va savoir, je vais essayer de ne pas trop tergiverser dessus, je crois que ça n’en vaut pas tant la peine.

Alors, si on ajoute une histoire un peu chiante, rythmée par une musique essentiellement composée de batterie un peu désagréable (mais diablement encensée de part et d’autres, quand je vous dis que j’ai mauvais goût.)… Ben, on se raccroche aux branches comme on peut et on applaudit bien fort les acteurs et le montage. Parce que pour le reste, je ne comprends pas.